Vider l’étagère
Où je parle d’une réussite qui charrie un maelstrom d’émotions.
Bonjour, vous !
Depuis 4 jours, la longue étagère de la petite pièce qui jouxte mon bureau est vide.
Et mes mains, mes yeux, mes bras sont désorientés d’avoir perdu leurs fonctions jusqu’ici bien établies : ouvrir la porte à galandage ; appuyer sur l’interrupteur du plafonnier ; repérer les boîtes ; attraper une enveloppe, une carte de remerciement, un ruban, le tampon encreur récemment arrivé et l’encre violette achetée à Paris, et puis un étui au délicieux toucher velouté.
Ce paragraphe d’introduction ne dit rien de la joie ressentie, mêlée de fierté. Il ne dit rien du week-end dernier, passé à faire des allers-retours dans la petite pièce pour y récupérer de nouveaux étuis. Et voir la dernière pile déjà toute petite… disparaître.
Dimanche 31 mai, dans la matinée, j’ai vendu le dernier exemplaire du Pas de côté.
🌈
Je parle de fierté et de joie.
Je ne parle pas encore de mon incrédulité.
Ce sentiment étrange, cet état flottant dans lequel j’ai baigné plusieurs heures.
Le même que pendant la campagne Ulule d’octobre ; des jours et des jours à rester pantoise devant l’engouement que mes 40+1 cartes avaient provoqué.
Il y a 4 jours, donc, j’ai refermé la porte à galandage sur une étagère vide. Joyeuse et stupéfaite (moi, pas l’étagère).
Surprise, aussi, de ma propre stupéfaction. 😏
Un stock qui diminue progressivement –et à condition qu’on mette en face des actions pour qu’il continue de baisser– pointe vers une unique issue : la rupture.
Et pourtant, j’ai eu toutes les peines du monde à y croire.
Sans doute aussi parce que j’avais looongtemps hésité sur le nombre d’exemplaires à faire fabriquer, “à l’époque”.
Serais-je trop ambitieuse ? Combien de temps me faudrait-il pour tout écouler ? Y arriverais-je un jour ? Que devrais-je donc bien mettre en place pour y parvenir ? Serais-je assez persévérante ?
J’écris, et je vois que je ne parle pas encore d’une autre émotion parallèle.
J’ai le son exact dans la bouche (avec la grimace qui va avec), mais je dois traduire en mots.
Cette émotion parallèle, je pourrais l’appeler la “minimisation gênée”, provoquée par un mauvais réflexe de comparaison.
Attention, place à la petite voix cruelle :
“T’as vidé ton stock, mais tu n’en as vendu que 450 exemplaires.” (Ça fait 4 lignes que j’hésite à vous écrire le nombre ; je suis insupportable.)
“Regarde ce qu’ont accompli X, et aussi Y. Ça se chiffre en milliers, là-bas.”
Cette mauvaise langue est en boucle, quelles que soient mes méthodes pour la faire taire.
J’ai beau passer des couches de peinture rationalisante, me caresser dans le sens du poil de pinceau, faire briller avec du vernis glossy, rien n’y fait.
Je savoure ma réussite en l’affublant d’un costume rikiki. Parce que c’est une réussite à 3 chiffres qui ne rivalise pas même une seconde avec celles à 4.
À quel moment ai-je accepté de subir ça ?
Parce que pourtant :
- j’embrasse volontiers les invitations à “célébrer ce qu’on a (fait)” (je le pratique, en groupe, tous les mardis) ;
- je repousse inlassablement les injonctions à la performance surexcitée, au “toujours plus” ;
- je sais (je sais JE SAIS) que la comparaison est vaine, ou alors il faudrait pouvoir comparer ce qui est comparable (et là, ça ne l’est pas ; l’est-ce d’ailleurs jamais ?) ;
- j’ai bien en tête que personne n’a passé une quelconque ligne d’arrivée.
Bref, je n’ai pas encore trouvé la formule vers la joie douce et simple, le chemin vers la célébration pure.
🌈
J’écris la minimisation gênée, mais je ne dis pas encore une chose fondamentale qui, dès que je me la colle devant le nez, me remplit d’une émotion chaude, pailletée et vibrante :
Me dire qu’aux quatre coins de la France, de la Suisse, de la Belgique, dans un coin de Norvège, aux Pays-Bas, en Espagne et dans d’autres contrées encore, 450 paires de mains-450 paires d’yeux-450 cœurs curieux
- ouvrent l’étui velouté en soulevant la languette par le côté gauche (qui a remarqué que l’étui est un étui gaucher ?! 💜)
- sortent le paquet de cartes
- dissèquent/parcourent/ignorent le Mode d’emploi pour s’égarer en beauté
- piochent une carte, en découvrent le recto puis le verso
- se laissent embarquer dans une aventure de sons, d’odeurs, de textures, de paysages
- en gardent trace dans un carnet ou dans un petit tiroir de leur cerveau.
Ça
ÇA, c’est 450 fois vertigineux. Formidable. Incroyable. Merveilleux.
Ma gratitude n’a d’égale que ma joie.
En juin, je vous souhaite d’apprécier les nuances arc-en-ciel de vos émotions,
À très bientôt !
Marie ✨
Faire un pas de côté
👣 Pensez-vous que je viens d’annoncer la fin de l’histoire du Pas de côté ?
Non, oh NON !
J’avais vu venir la rupture de stock => m’étais interrogée sur la suite à donner à cette aventure sensorielle et créative => avais acquis la certitude que je voulais qu’elle continue.
Alors, j’ai passé une nouvelle commande à mon imprimeur alsacien.
Les nouveaux exemplaires du Pas de côté seront prêts dans quelques jours.
Le temps de rallumer la lumière dans la petite pièce qui jouxte mon bureau, de réfléchir à la meilleure manière d’agencer les futurs colis, et hop, on y sera.
Vous pouvez donc continuer de commander sur ma boutique en ligne. En plus, j’ai refait fabriquer des autocollants trop beaux.
À (très) bientôt ?
Et ailleurs ?
- Lévia marche en ce moment-même sur le chemin de Compostelle. Elle s’est lancé le défi de parcourir un tronçon de 150 kilomètres en 15 jours pour sensibiliser au myélome multiple (un cancer rare de la moelle osseuse) dont elle est atteinte. Sur Instagram, Le Pas de côté est tombé sous les yeux de Lévia et désormais, à son invitation, quelques cartes minutieusement choisies par moi, l’accompagnent. Savoir ça m’émeut beaucoup. Vous pouvez la suivre ici –et aussi soutenir la recherche sur le myélome multiple, si vous le voulez.
- Dans sa savoureuse newsletter appelée Merveilles ordinaires, Judith Matharan (que j’ai “e-rencontrée” pendant ma campagne Ulule) nous proposait en mai d’inventer notre Journée internationale idéale. Je n’ai pas encore trouvé comment bien formuler la mienne, mais déjà, rien que l’idée ! 🤩
- Je ne manque AUCUN épisode du podcast Les gens qui doutent de Fanny Ruwet. Et cette semaine, elle interviewe Nadia Daam, une journaliste-autrice dont j’admire tant la plume et l’intelligence et la drôlerie. L’épisode est génial.
- Pour encore quelques petits jours, c’est le tournoi de Roland Garros à Paris. Et après l’avoir délaissé pendant des années, j’ai un peu renoué avec lui cette fois-ci (devant mon écran). Je ne connais désormais que quelques rares joueurs et joueuses, mais je retrouve des émotions anciennes. Je me suis revue par exemple en 2001, puis 2002, en pleines révisions du Bac de français, puis du Bac tout court, à faire des “pauses Roland” (qui duraient toujours un peu plus longtemps que prévu).
Et puis, le week-end dernier, j’ai vu “Guga”(Gustavo Kuerten 💕) dans les tribunes. Et alors là, soudain, une énorme bouffée de pure nostalgie.





450… difficile parfois de se détacher des chiffres, mais hormis la réalité économique (et oui il faut bien vivre!),
Ces 450 seront précieux, savoureux, délicieux pour 450 personnes (et sans doute plus),
450x40 beaux moments, expériences rafraîchissantes, surprenantes.
Je joue le jeu, je pioche, je découvre, je patiente pour ne pas tout dévorer à la fois… et pour tout ça… merci 😊
450, c'est immense !!! Tu peux être très très très fière de cette giga réussite !
Et surtout, ce ne sont que les premiers. 1000 autres seront en circulation bientôt. Puis 1000 encore...